Il est de ces matinées où l’on se demande encore si l’on est bien en phase avec tout ce qui se déroule en piste. Corrida matinale. Un four, thermostat 7. Grandes envolées : peu. Émotions véritablement palpables à géométrie variable, selon les goûts et les couleurs. Et pourtant, cinq oreilles promenées tout sourire. Un toro gracié, un de plus. Sans que le respectable ne le demande, mais que l’on vit arriver gros comme un camion ! Loin de moi l’idée de vouloir mégoter la valeur intrinsèque de « Arlésien », qui était un grandissime toro… de troisième tiers. Il semble que ce soit devenu la norme. Elle n’en reste pas moins plus que discutable. Chacun s’en fera son avis.
Ce dimanche matin, Nino Julian recevait son doctorat tauromachique. Il entra de plain-pied dans l’escalafón supérieur devant « Santo », n°6, né en juin 2022, de 463 kg. C’est lui qui, à mon avis, donna les meilleurs muletazos de la matinée. Son parrain, Jesus Enrique Colombo, ne parvient toujours pas à susciter chez moi la moindre émotion, de par son côté marginal, surfait et souvent racoleur mais à la chance de toucher un excellent toro. Ismael Martin, quant à lui, est un excellent banderillero, explosif et allègre, et probablement bon muletero à condition, peut-être, d’obtenir un meilleur tirage.
Nino Julian accueille le toro de la cérémonie par un joli bouquet de véroniques, avant que « Santo » ne s’emploie bravement sous le fer lors d’une unique rencontre. Tercio de banderilles partagé avec ses compagnons de cartel pour un tiers très allègre, avant échange des trastos lui confirmant l’accès à l’escalafón supérieur. Brindis à ses parents d’une faena bien débutée, genoux au sol, puis poursuivie par plusieurs séquences ambidextres de bon aloi, le nouveau matador nîmois profitant de la noblesse du Margé jusqu’à ce que celui-ci ne baisse nettement de ton. Deuxième partie de faena de moindre émotion, avant que Nino ne perde tout le crédit de son labeur épée en main. Deux pinchazos avant une entière en avant. Vuelta chaleureusement fêtée.
Le néo-matador tenta d’enflammer les débats en allant attendre l’ultime à porta gayola, puis capoteo énergique et tercio de banderilles brillant. Nino Julian brinda au public une faena volontaire et généreuse, au bon tracé droitier. Hélas, le Nîmois se heurta à la condition déclinante du cornupède, qui perdit rapidement tout son capital énergie. Nouvel échec avec l’acier.
Bon salut capotero par Jesus Enrique Colombo devant le second, long et armé, que le Vénézuélien plaça loin pour deux rencontres avec le groupe équestre. Tercio de banderilles à trois, puis entame par le haut, muleta en main, d’une faena comprenant quelques bons moments, notamment à droite, face à un manso con casta embistant franchement dans l’étoffe d’un Colombo le plus souvent marginal et périphérique. Espadazo final valant la mention et l’oreille partiellement réclamée.
Le torero de San Cristóbal a eu le bonheur de tomber ensuite sur un excellentissime exemplaire des Monteilles, qu’il salua brillamment à la cape, quite par zapopinas inclus, après une (trop) brève rencontre au cheval. Banderilles à cornes passées, mais recueillant toutefois une belle ovation… Le Sud-Américain brinda ensuite à Robert Margé une faena spectaculaire durant laquelle Colombo sut profiter de la grande charge de son opposant, qui se révéla d’un haut niveau de répétition malgré une muleta souvent lointaine, toréant à la marge. Colombo toréa essentiellement de la droite cet excellent toro, qui aurait vraiment mérité de tomber entre d’autres mains. Après un simulacre de changement d’épée, Colombo obtint ce que personne ou presque n’avait demandé : l’indulto. Toro au toril. Deux oreilles. Vuelta en compagnie de Robert Margé et de son mayoral Vincent Chaptal.
Ismael Martin partagea lui aussi les pallitroques avec ses compañeros avant d’avoir à composer avec un premier animal jouant la réserve par manque de fond et de chispa. Le Salmantin fit un effort notable, notamment dans des terrains compromis, avant d’en finir avec une lame en place.
Ce fut peu ou prou la même rengaine avec le quinto, devant lequel le torero de Salamanque démontra sa sensationnelle condition de banderillero. Muleta en main, Ismael Martin se montra sérieux et volontaire face à un Margé violent et au fond limité. Nouveau coup d’épée d’ordre létal et oreille en récompense. Généreux.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes du Palio, Istres. Ciel dégagé, cagnard de tous les diables. ¾ d’arène. 6 toros de Margé
Président : Mr Dagnan
Poids des toros : 463, 449, 445, 465, 486, 465
Cavalerie Bonijol. 7 rencontres
Le 4eme toro « Arlésien » n°44 né en mars 2022 de 465 kgs a été gracié
Nino Julian a pris l’alternative devant le toro « Santo » n°6 né en juin 2022 de 463 kgs
JESUS ENRIQUE COLOMBO (rouge et or) : oreilles et deux oreilles symboliques
ISMAEL MARTIN (gris anthracite et or) : ovation et oreille
NINO JULIAN (gris perle et or) : vuelta et silence après avis




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