Arènes combles, archicombles, pour le retour de la corrida dans sa dénomination formelle. Pas un retour de la tauromachie — elle n’avait jamais disparu ici, entretenue ces dernières années par becerradas et novilladas sans picadors — mais bien le retour de la corrida, neuf ans après la dernière, en 2017. Et quelle réponse du public. Elle fut à la hauteur des attentes locales, des soubresauts enclenchés, viciés, par la presse à orientation désorientée. Plein ! Et plein de sans billets. Un entradón.

Une première historique pour ces Arènes de Vauvert. Il faut saluer l’engagement de Nicolas Meizonnet, nouvel édile de la ville ainsi que le travail d’Hadrien Poujol et de ses équipes, qui ont su bâtir une affiche capable de réunir l’afición en grand nombre. Et elle a répondu présent.

Une arène qui réouvre et qui est pleine de vie, c’est beau !

4 Toros de Nuñez de Tarifa, correctement (+) présentés pour l’enceinte, haut et épais le 3eme, offensif de salida le 2eme, plus regulares les 2 autres. Manquant de race dans l’ensemble, mais présentant de la mobilité. Monopiqués. Et 2 Bohorquez, sans excès de poids, bien fait, limités de forces et d’allant.

Sébastien Castella a imposé sa dimension de figura. Face à un premier toro exigeant, revenant dans les chevilles, il fait parler sa maîtrise et sa science, et s’imposa avec autorité. Au moment de porter l’épée, un pinchazo dans le haut lui occasionna un « corte » profond à la main gauche. S’en suit une épée en place libérant une oreille. Passé à l’infirmerie pour y recevoir les premiers soins, on fit ensuite modifier l’ordre pour que le biterrois puisse gagner le plus rapidement possible la Polyclinique du Grand Sud pour y être opéré. Il salua son second d’une cape soyeuse avant pique réglementaire et quite en tablier. Muleta en main, le maestro de Béziers élève encore le niveau. Souverain dans les gestes, il construit une faena de grande tenue, dominant un adversaire au port de tête compliqué, gardant la mi-hauteur. Il l’embarque, l’oblige, et le fait rompre. Entière létale et deux oreilles fort chaleureusement fêtées.

El Rafi, lui, a saisi pleinement l’opportunité. Chez lui, dans des arènes qu’il connaît il a construit un triomphe intelligent. Son premier combat, face à un toro puissant, puis lourd et peu à peu, moins coopératif, est mené avec courage et lucidité. Il s’impose, s’accroche, et coupe une oreille méritée.

Mais c’est avec le sixième qu’il marqua définitivement la tarde de son empreinte. Un toro noble mais irrégulier, exigeant, qui le mis à l’épreuve. Rafi construit, pense, s’adapte en dépassant cette ligne de flottaison imaginaire. Il y a du fond chez le garçon, de la tête, et du cœur. Jusqu’à cette violente voltereta qui le laisse groggy. Il se relève béquillant, reprend l’épée, conclut avec détermination d’une lame tombée et voit tomber les deux oreilles. Sortie en triomphe par la grande porte. Pleine, et légitime.

Léa Vicens, enfin, a laissé une impression plus contrastée mais parfaitement digne. Précise, appliquée, elle a su montrer sa qualité de monte et son efficacité aux banderilles. Il a peut-être manqué un peu d’efficacité à la mort, notamment sur son premier adversaire, pour basculer vers un triomphe plus net. Mais l’ensemble reste sérieux, avec de beaux passages notamment sur les croupes de Diluvio ou encore Jocker.

FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA

Arènes Jean-Brunel, Vauvert. Grand soleil et vent léger. No hay billetes. 2 toros de Fermin Bohorquez (1 et 5) et 4 Nuñez de Tarifa (2,3,4 et 6)

Président : Mr Fréderic Pastor

Poids des toros : 480, 481, 546, 518, 492, 477

Cavalerie Heyral. 4 rencontres

Les trois toreros se présentaient à Vauvert

LEA VICENS  (chaleco gris souris) : salut et oreille après avis

SEBASTIEN CASTELLA (marron et or) : oreille après avis et deux oreilles

EL RAFI (fauve et or) : oreille et deux oreilles

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