Dernier rendez-vous de la Feria de la Pêche et de l’Abricot dans les arènes de Saint-Gilles, avec une affluence plus soutenue que la veille, pour trois quarts d’arène. La température est nettement remontée à l’heure des clarines, redonnant à la tarde un caractère pleinement estival.
Était annoncé un mano a mano inédit entre deux toreros à la personnalité affirmée, bien que moins opposés dans leur concept qu’on aurait pu le penser : le Malagueño Saúl Jiménez Fortes et le Bordelais Clément Dubecq, « Clemente ». Un duel qui a clairement tourné à l’avantage du Français, mieux servi par le sorteo et sorti en triomphe après avoir coupé un total de quatre oreilles, profitant des trois toros les plus propices de l’après-midi.
Six toros de six élevages français ont été lidiés, d’une présentation et d’un jeu varié portant successivement les fers de : Fernay y hijas, bien fait, rond et commode d’armures, maniable – Pagès-Mailhan, un toro bien fait, harmonieux, brave sous le fer puis doté de classe dans le dernier tiers – Gallon, devuelto substitué par un Tardieu Frères, joliment fait, sans excès d’armure, retors et parfois violent – Malaga, d’une présentation supérieure, brave sous le fer puis encasté et vibrant – Margé, haut, fin et avec du bois, encasté avec ses accès de violence et Tardieu Frères, anovillado, mais bon et noble bien que juste de forces.
Jiménez Fortes cadre le Fernay por fuera à la cape avant de lui servir trois bonnes véroniques conclues par une demie. Deux piques, sans relief particulier, avant une belle intervention au quite de Clemente par chicuelinas. Bonne entame par doblones, en soumettant le fauve, pour une faena qui met du temps à se structurer et ne parvient finalement jamais à vraiment décoller face à un Fernay mobile mais sujet à des coups de casque intempestifs. Une bonne série de derechazos vient relever la fin d’ouvrage avant une entière en place.
Le torero de Málaga voit son second, de Gallon, renvoyé pour faiblesse avérée, consécutive à une blessure à l’antérieur droit après une inopportune vuelta de campana. Il est remplacé par un Tardieu Frères qui joue du casque dès les premiers capotazos, tendance qui se confirme dans le dernier tiers. Le diestro andalou peine à cadrer le cornu, ne pouvant en tirer que quelques muletazos isolés à droite, avant une bonne série en milieu de faena, toujours sur ce même pitón. Final sans éclat, conclu par une entière en place faisant son effet. Salut.
Quinto, un Margé offensif et bien armé que le Malagueño aborde avec précaution avant l’unique rencontre au cheval. Fortes livre une faena très investie, opposant sa douceur et la profondeur de sa muleta à un animal encasté, parfois violent dans ses entrées dans la toile. L’ensemble trouve davantage de relief sur la droite, dans une œuvre alternant le bon et le moins abouti, le torero cherchant constamment à soigner le geste, notamment sur un côté gauche plus délicat. Espadazo. Oreille.
Devant son Pagès-Mailhan, Clemente déploie une cape inspirée, enchaînant plusieurs véroniques bien senties, des chicuelinas et la demie. À la pique, une seule rencontre, mais intense, où l’astado s’emploie avec bravoure. S’ensuit une faena empreinte d’un remarquable empaque, menée avec justesse, maîtrise et un grand sens du temple face à un toro mobile et de grande classe, donnant lieu à des échanges d’une belle transmission. Superbe final par luquecinas. Entière trasera, légèrement tombée. Oreille et grande ovation au toro, qui aurait peut-être mérité davantage.
Le cuarto, de Málaga, affiche une présentation sérieuse, digne d’une arène de catégorie supérieure. Il pousse fort au cheval à la première des deux rencontres, la seconde imposée par la présidence. Fortes vient au quite par chicuelinas et tafalleras. Clemente dédie ensuite son œuvre à Joachim Cadenas, construisant une faena dense, pleine d’aplomb et de justesse face à un animal aux charges puissantes, révélant bravoure et caste, notamment sur le côté droit. Le passage à gauche offre moins d’intensité. Clemente reprend la droite pour un final bien maîtrisé. Demi-lame létale. Oreille et forte ovation au toro.
L’ultime de Tardieu Frères est celui dont le gabarit est le plus modeste de l’ensemble et laisse apparaître d’emblée des signes de faiblesse. Le Bordelais l’aborde avec beaucoup de soin et de cadence à la cape puis est ménage sous le fer de Sofianito. Muleta en main, Clemente réalise la prouesse maintenir à flot un adversaire que l’ont pensait trop diminué physiquement. Il construit une faena remarquable de densité et de pureté, servie par une gestuelle affirmée, soignée, aux accents très andalous devant un noble et bon toro de la Cour des Boeufs. Plus longue et riche en contenu qu’on ne l’aurait imaginé, la faena se conclut par une entière spectaculaire qui vaudra à l’aquitain de promener deux nouveaux trophées.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes Emile-Bilhau, Saint-Gilles. Feria de la Pêche et de l’Abricot. 3/4 d’arène. Toros de Fernay y hijas, Pagès-Mailhan, Gallon, Tardieu Frères (3bis), Malaga, Margé et Tardieu Frères.
Présidence : Mr Vultaggio assisté de Mr Galand et Mr Galdeano
Cavalerie Heyral. 8 rencontres
Les deux toreros se présentaient à Saint-Gilles.
Clemente a brindé son deuxième adversaire à Joachim Cadenas.
Le prix du meilleur toro est revenu au toro “Marismeño” n°41 né en janvier 2022, castaño de Malaga
JIMENEZ FORTES (indigo et azabache) : salut, salut et oreille
CLEMENTE (Abricot de Saint-Gilles et or) : oreille après avis, oreille après avis et deux oreilles




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