Il est des après-midi où la tauromachie dépasse le seul cadre du ruedo pour rappeler combien elle peut être porteuse de valeurs humaines. Ce samedi, dans les arènes d’Arles, le festival taurin organisé au bénéfice de l’association ASSPA a offert une magnifique démonstration de solidarité, d’inclusion et de partage. Une parenthèse de sincérité et d’émotion pour refermer la temporada arlésienne 2026.
Un festival du cœur, au sens le plus noble du terme. Organisé par les Arènes d’Arles, conjointement avec le matador Thomas Joubert, au profit de l’association ASSPA pour laquelle s’engage le torero arlésien.
Dès le paseo, le ton était donné. Chaque torero du cartel était accompagné d’un élève de l’École taurine d’Arles, tandis que plusieurs jeunes accompagnés et soutenus par l’association ASPA ont ainsi pris part à ce paseo singulier au beau milieu de banderilleros et picadors.
À une époque où elle se retrouve régulièrement au centre des controverses, la tauromachie a démontré, cet après-midi à Arles, qu’elle savait aussi porter des valeurs essentielles : le respect, la solidarité, l’entraide, l’égalité et l’inclusion. Des valeurs qui transcendent les origines, les conditions sociales et les différences de chacun. Car l’afición ne connaît ni frontières ni barrières. Elle se partage, se transmet et se vit ensemble. Et c’est précisément ce qui a donné à ce festival une dimension si particulière.
Il y avait beaucoup d’émotion à retrouver Thomas Joubert dans les arènes de sa ville. Face à un excellent novillo de Jalabert, récompensé d’une vuelta al ruedo posthume, le matador arlésien a livré une prestation empreinte de sincérité et de profondeur.
Dès les premiers échanges à la cape, puis muleta en main, Thomas Joubert a rappelé toute la sensibilité de sa tauromachie. Une bonne épée est venue conclure son œuvre, lui permettant de couper deux oreilles. Le tour de piste qui a suivi, chaleureusement accompagné par le public, a offert l’une des images émouvantes de la journée lorsque le torero a retrouvé son père dans une longue étreinte. Un instant à l’image de ce festival où les sentiments avaient toute leur place.
Près de huit années s’étaient écoulées depuis la dernière apparition d’Andy Younes dans les Arènes d’Arles. Une éternité pour un torero qui, loin des ruedos français, poursuit aujourd’hui sa carrière de l’autre côté de l’Atlantique, notamment au Pérou, où il connait un succès qui mériterait de porter ses fruits sur ses terres natales.
Face à un novillo de La Golosina noble mais limité par ses forces, Andy Younes a rappelé qu’il demeurait un torero doté d’un véritable bagage artistique. Malgré les limites physiques de son adversaire, qui ont parfois privé la faena d’intensité, plusieurs séquences ont laissé entrevoir la profondeur et la maturité de son toreo. Une prestation qui n’aura pas toujours trouvé le souffle nécessaire pour prendre une autre dimension, mais qui aura suffi à rappeler qu’Andy Younes possède encore de belles choses à exprimer. Une oreille est venue récompenser son retour.
Carlos Olsina n’aura pas bénéficié des mêmes dispositions de la part de son adversaire. Le novillo de Cuillé, limité dans ses forces et particulièrement peu commode sur la corne droite, a rapidement compliqué la tâche du matador biterrois.
Deux volteretas sans gravité apparente autre qu’un traje réduit à peau de chagrin. Jamais résigné, Carlos Olsina a tenté de trouver les solutions, parvenant notamment à dessiner quelques passages intéressants de la main gauche avant de connaitre quelques difficultés à l’épée.
Sa temporada avait été brutalement interrompue par une importante blessure au bras, le privant de toute sa fin de saison. Revenu aux affaires depuis moins d’une semaine, Solal avait à cœur de démontrer que cette longue parenthèse n’avait en rien entamé ses ambitions.
Face à un novillo de Pagès-Mailhan, haut, fin mais particulièrement mobile et doté d’un moteur intéressant, Solal a livré une prestation solide, pleine d’envie et de personnalité.
Intelligent dans sa manière d’aborder son adversaire, il a su lui donner la distance nécessaire pour favoriser ses charges avant de prendre progressivement la mesure de ses qualités. C’est notamment de la main gauche, dans la seconde partie de faena, qu’il a signé ses passages les plus aboutis, avec plusieurs séries de belle facture. Deux oreilles après une mort en deux temps.
Élève de l’École taurine d’Arles, le novillero sans picadors Lisares a eu le bonheur de rencontrer un excellent becerro de la famille Gallon.
Dès la réception à la cape, le jeune Arlésien a séduit par son expression, dessinant plusieurs véroniques de belle tenue.
La faena résultat ensuite inégale dans le tracé alternant passages aboutis et séquences moins profondes. Mais Lisares a su profiter des excellentes dispositions de son adversaire, notamment dans la première partie de son labeur, pour laisser entrevoir ses qualités.
Une épée efficace lui a permis de couper deux oreilles, tandis que le mouchoir bleu venait récompenser le becerro de Gallon d’une vuelta al ruedo posthume.
Et puis vint le dernier acte. Peut-être le plus beau, assurément l’un des plus touchants.
Face à un becerro de Jalabert, cinq jeunes élèves de la section « jeunes » de l’École taurine d’Arles se sont partagé les honneurs de la piste.
Cinq enfants animés par une même passion, cinq jeunes aficionados qui ont rappelé ce que la tauromachie possède de plus spontané et de plus sincère : cette capacité à s’engager sans calcul, à donner sans retenue, simplement parce que le cœur le commande.
Parmi eux, Matteo, jeune torero en situation de handicap, qui a offert une magnifique leçon de détermination et de passion.
À ses côtés ses camarades ont multiplié les gestes inspirés, parfois étonnamment allurés, toujours portés par une envie et une aficion débordante.
Il y avait dans leurs attitudes, leurs regards et leur manière de se livrer quelque chose de profondément bouleversant. Cette innocence et cette générosité qui rappellent que l’afición ne se mesure ni à l’âge, ni aux capacités physiques, ni à la condition de chacun. Seulement à la force d’une passion.
Et quelle plus belle conclusion pouvait-on imaginer pour un festival placé sous le signe de l’inclusion, de la solidarité et du partage ?
Ce samedi, les arènes d’Arles n’ont pas seulement accueilli un festival taurin. Elles ont été le théâtre d’un formidable moment d’humanité.















































Commentaires récents