Pour paraphraser l’adage : les absents auront eu tort !
Car cet après-midi, dans les arènes d’Arles, le public — qui avait rempli un bon quart de l’amphithéâtre — a vécu une grande après-midi de toros.
Avec, en premier lieu, une corrida importante de Pagès-Maillan, bien présentée et complète, avec des toros permettant aux toreros de s’exprimer, sous divers degrés de bravoure, voire d’exigence, mais aussi de noblesse, de fixité, de répétition, de transmission et de classe, notamment pour deux sujets de grande note : le 2e, « Jurador », honoré d’un tour de piste posthume, et un exceptionnel 5e qui regagnera dès ce soir les Jasses de Bouchaud.
Cette course vient mettre en lumière et consacrer plus de vingt-cinq ans de travail, de sélection et de rigueur. Un travail minutieux mené par Pascal Maillan et son fils Pierre, dans la continuité de feu Philippe Pagès, et aujourd’hui avec Marilyn, son épouse. Une œuvre ganadera qui récompense, de la plus belle des manières, la première corrida complète dans une arène de première catégorie pour cet élevage du Pays d’Arles. L’émotion visible sur les visages de Marilyn, Pascal, Pierre et les leurs traduisait presque tout : la joie, la fierté, l’accomplissement. Car au-delà d’être de ceux qu’il est impossible de ne pas apprécier, ce sont de véritables éleveurs de toros braves, qui œuvrent 365 jours par an pour quelques minutes d’un bonheur immense — et mérité.
Par-delà l’émotion, cette corrida confirme la qualité du travail des ganaderías françaises, aujourd’hui capables de rivaliser avec leurs homologues espagnoles. Les toros de Pagès-Maillan en ont été une démonstration éclatante dans le cadre majestueux des arènes d’Arles.
L’autre grand protagoniste de l’après-midi fut José Garrido. Un torero que l’on voit trop peu annoncé dans les cartels d’importance. Et pourtant. Il a rappelé avec force qu’il est un torero majeur.
Avec le goût des plus grands, du classicisme et une élégance naturelle, parfois teintée d’accents morantistas, José Garrido a toréé avec une justesse pleine. De la cape à l’épée, dans la conduite de la lidia comme dans la construction des faenas, il s’est montré d’une plénitude remarquable. Un véritable « pedazo de torero », qu’il serait juste de revoir plus souvent car il mérite, grandement, une place de choix !
Juan Leal ouvrit la course par une réception de cape très aboutie, pieds joints, dessinant de belles véroniques pleines d’intention. Brave au cheval à deux reprises, le toro se montra ensuite plus compliqué dans la muleta, chargeant à mi-hauteur et rendant complexe un toreo fluide. Après une entame par passe changée dans le dos, Juan Leal trouva des passages intéressants, surtout sur la droite. À gauche, ce fut plus accroché, occasionnant une voltereta spectaculaire. Une faena méritoire, conclue d’une entière un peu tombée, récompensée d’une oreille peut-être généreuse.
Son second fut le moins intéressant de la course. Accueilli à genoux face au toril, il chercha rapidement refuge aux tablas. L’Arlésien dut aller le chercher dans sa querencia pour un toreo de proximité sans grande transmission. Après quelques difficultés à l’épée, il conclut d’une entière efficace.
José Garrido marqua d’emblée les esprits à la cape, déployant de langoureuses et profondes véroniques. Brave au cheval en deux assauts, le Pagès-Maillan révéla ensuite une grande classe dans la muleta. Garrido construisit une faena allant a más, pleine de temple et de profondeur, avec une mention particulière pour les naturelles, longues et habitées. Une œuvre pleine d’empaque, conclue d’une entière tombée, qui ne fut récompensée que d’une oreille — décision difficilement compréhensible au regard de l’ensemble et du trophée précédemment accordé.
Mais c’est avec le grand quinto que l’après-midi bascula définitivement. Verni par le sorteo, Garrido trouva sur sa route un toro exceptionnel. Un toro de bandera. Dès la cape, le torero de Badajoz fut souverain, emportant dans la percale la longue charge du cornu. Brave au cheval, poussant avec les reins, admirablement piqué par Francisco Javier Sánchez, le toro confirma ensuite toutes ses qualités. Son galop ample illumina le tercio de banderilles avant de se livrer sans réserve dans la muleta.
Garrido signa alors une œuvre magistrale. Une tauromachie habitée, profonde, sans brusquerie, où chaque mouvement de tissu venait accompagner et magnifier la charge. Sur la gauche, il donna des naturelles de première classe, longues, liées et d’une grande pureté esthétique. Toro et torero avancèrent à l’unisson, sans jamais baisser d’intensité.
Les demandes d’indulto descendirent des travées, se faisant de plus en plus insistantes. Après avoir sondé l’éleveur, le mouchoir orange tomba. Une grâce difficilement contestable, pour ne pas dire indiscutable, pour un toro complet du début à la fin. Deux oreilles symboliques pour José Garrido, et un tour de piste, accompagné des ganaderos, des plus chaleureux.
Diego San Román connut quant à lui une après-midi plus difficile. Face à un premier toro brave, exigeant et qui permettait, il ne trouva jamais la juste mesure, malgré un final plus engagé par luquecinas, faisant remonter la note de son labeur. Son second, imposant et également brave, offrait de réelles options, mais le Mexicain, en manque de confiance, resta en deçà d’un toro dont on n’aura pas pleinement profité des qualités. Une pétition d’oreille, minoritaire après une lame en place, ne fut logiquement pas suivie d’effet.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes d’Arles. Feria des Premices du Riz. ¼ d’arène. Grand soleil et vent léger. 6 toros de Pagès-Mailhan.
Présidence : Mme Paola Melani assistée de Mr Marc Marion et Mr Benoit Bremond
Poids des toros : 545, 525, 515, 535, 540, 545.
Cavalerie Bonijol. 12 rencontres
Vuelta al ruedo au 2e toro « Jurador » n°101, negro listón né en juin 2022 de 525 kilos
Indulto du 5e toro « Emmudecido » n°5, colorado, né en avril 2022 de 540 kilos
José Garrido a brindé son deuxième combat à Juan Bautista
JUAN LEAL (Bleu de France et or) : oreille et saluts après avis
JOSE GARRIDO (ecru et or) : oreille et deux oreilles symboliques
DIEGO SAN ROMAN (tabac et or) : saluts après avis et applaudissements après avis






Commentaires récents