Dans l’écrin intemporel des Arènes d’Arles, ce samedi 12 septembre marquait le rendez-vous immuable des Prémices du Riz avec la « Goyesque d’Arles », mise en œuvre et décorée par l’artiste local Arsène Welkin, et qui s’est déroulée dans des conditions idéales. Sous une chaleur encore estivale, adoucie par un zéphyr léger, et devant des arènes quasi pleines.
Le lot de Jandilla, correct de présentation, a offert un ensemble des plus intéressants, dominé par deux toros de très haute qualité, les 3e et 5e, tous deux honorés d’une vuelta posthume. Le 4e fut changé après que le titulaire se soit brisé une corne contre un burladero, laissant place à un sobrero de Román Sorando, moins en vue. Au cheval, l’ensemble a répondu sans sourciller aux lanciers de service, notamment les troisième et cinquième, braves sous la morsure, tandis que le sixième se signala par une première rencontre engagée.
Juan Ortega, en ouverture, fit parler son toreo de pureté. À la cape notamment, il signa de lentes et profondes véroniques, pleines de suavité. Les quites, alternant chicuelinas délicates et véroniques cadencées conclues d’une belle cordobina, prolongèrent cette grande impression esthétique. Muleta en main, face à un toro noble mais irrégulier, notamment sur un côté gauche claudicant, sa faena resta élégante mais manqua de relief. Une épée entière, légèrement tombée, lui permit de couper une oreille, accordée avec une certaine générosité.
Son second, remplacé par un Román Sorando, offrit peu d’options pour toucher les travées. Après un tercio de piques excessivement appuyé, Ortega s’investit sans jamais parvenir à réellement transmettre, livrant une faena appliquée mais monotone, conclue d’une épée en place.
Andrés Roca Rey allait quant à lui marquer la tarde. Dès son premier toro, il imposa sa présence à la cape avec autorité et cadence, avant, muleta en main, une entame spectaculaire par statuaires, ponctuée d’une instinctive passe changée dans le dos. La faena, inégale et à l’intensité décroissante face à un toro noble mais juste de transmission, trouva un second souffle dans un final exposé par luquecinas sur le fil, lui valant une oreille, avec pétition (légère) pour la seconde.
Mais c’est face au cinquième que le Péruvien atteignit une dimension supérieure. Ce toro, brave et encasté, trouva en Roca Rey un adversaire à sa mesure. Après une entame vibrante par cambiadas au centre, le limeño lia des séries droitières longues et templées avant de subir une épouvantable paliza, restant suspendu aux cornes du Jandilla durant d’interminables secondes. Sonné, Roca Rey est pourtant revenu au charbon avec une détermination incommensurable, signant une seconde partie de faena d’une intensité rare, qui mit les gradins en ébullition. Une démonstration de courage et de domination face à un adversaire de poids, conclue d’une grande épée. Mort en brave spectaculaire du Jandilla. Les trophées maxima, deux oreilles et la queue, lui furent logiquement accordés, tandis que « Vicioso » recevait lui aussi les honneurs d’un tour de piste posthume.
Marco Pérez, attendu par le public arlésien, confirma son statut grandissant. Face au troisième, excellent toro de Jandilla, il livra une prestation de très haut niveau. Après un accueil à genoux à la cape, il enchaîna des véroniques inspirées. Muleta en main, son entame au centre du ruedo, à genoux, donna immédiatement le ton. L’animal, doté d’un tranco et d’une classe remarquables, permit dans un premier temps une faena très rythmée et profonde. Un passage à vide du toro, en milieu de faena, fit légèrement retomber l’intensité, mais Marco Pérez sut intelligemment réduire les distances et redonner du liant à l’ensemble. Le toro retrouva un second souffle, permettant à la faena de reprendre son envol. L’œuvre, aboutie, fut conclue d’une épée sincère et engagée, libérant deux oreilles méritées. La vuelta posthume accordée au toro, bien que légèrement discutable en raison de sa baisse de régime, s’inscrit dans la dynamique du moment. Il y eut ici, comme en d’autres lieux, des vueltas bien plus discutables.
Le sixième, jabonero, que Marco Pérez alla attendre à porta gayola, fut le plus imposant de l’envoi mais aussi le moins expressif. Malgré son engagement constant et sa sincérité, la faena peina à décoller face à un toro plus réservé et qui, par conséquent, transmit peu. Faena trop allongée, conclue dans la difficulté à l’épée.
Au terme de cette corrida goyesque, Andrés Roca Rey, auteur d’une prestation majuscule, et Marco Pérez sont sortis en triomphe, descendant le parvis des arènes sous les acclamations. Une tarde marquée par la bravoure du bétail, des émotions fortes et la confirmation éclatante d’un numéro un au sommet de son art.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes d’Arles. Feria des Premices du Riz. Corrida Goyesque. Ciel dégagé, chaleur et vent léger. Quasi plein. Toros de Jandilla (1,3,5 et 6), Vegahermosa (2) et Roman Sorando (4bis).
Présidence : Mme Fréderique Fernay assistée de Mme Annie Gueyraud et Mr Cédric Rey
Poids des toros : 535, 490, 500, 505, 540, 530
Cavalerie Bonijol. 14 rencontres.
Vuelta au 3e toro « Bravio » n°118, negro mulato de 500 kgs né en janvier 2022
Vuelta au 5e toro « Vicioso » n°100, negro de 540 kgs né en novembre 2021
Marco Perez a brindé le 6e toro à Roca Rey
JUAN ORTEGA : oreille et silence
ROCA REY : oreille après avis et deux oreilles et la queue
MARCO PEREZ : deux oreilles et silence



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