Les arènes de Arènes de Nîmes ont retrouvé ce dimanche matin un parfum rare : celui d’une corrida 100 % française, portée par six toreros tricolores – dont cinq Nîmois – face aux toros de Robert Margé, aujourd’hui référence incontournable de l’élevage hexagonal. Une affiche audacieuse, presque militante, qui a trouvé son public : près de 7 000 spectateurs avaient répondu présent, preuve que la curiosité et l’attachement à un vivier national bien vivant ne demandent qu’à s’exprimer. Et ils n’ont pas été déçus.

La ganadería audoise a confirmé – grâce à « Titus », « Antonin » primés, et leurs frères empereurs de la Rome Antique – son excellente forme du moment en présentant un lot complet, sérieux, souvent exigeant, et souvent brillant. Deux toros ont été honorés d’une vuelta posthume, le premier « Titus » et surtout le cinquième « Antonin », ce dernier s’imposant comme le sommet de la matinée : bravoure, noblesse, transmission… un toro de triomphe, de ceux qui marquent une matinée de toros.

Il fallait du caractère pour ouvrir une telle course. Tibo Garcia n’en a pas manqué. Chargé de confirmer son alternative, le Nîmois s’est hissé à la hauteur de l’enjeu face à un adversaire exigeant, accrocheur à mi-hauteur, doté d’une vraie bravoure et de ce poil de piquant nécessaire. Appliqué, posé, il a su construire sa faena avec intelligence, trouvant notamment à gauche des passages de grande qualité, liant les séries avec profondeur et sincérité. Une prestation solide, conclue d’une épée au second essai, récompensée d’une oreille largement méritée.

Adrien Salenc, désormais « Adriano » face au quatrième, a fait parler son oficio. Opposé à un toro bouillonnant, parfois incertain dans ses embestidas, il a su imposer sa technique et son alegria. La faena, inégale dans son tracé, a néanmoins été dominée dans ses temps forts. Son engagement et une épée efficace lui ont valu deux oreilles, symbole d’un torero désormais aguerri.

Plus spectaculaire encore, El Rafi a enflammé les gradins avec le cinquième, le meilleur toro du lot. Très complet, il s’est illustré dans toutes les phases de la lidia : entreprenant à la cape, exposé et brillant aux banderilles, puis inspiré à la muleta. Dans un registre à la fois profond et généreux, il a su capter la noblesse de son adversaire pour construire une faena vibrante. Deux oreilles également, indiscutables après un coup de rapière au deuxième voyage.

Le retour de Marc Serrano à Nîmes, attendu après quinze ans après une grave blessure, n’est pas passé inaperçu. Face à un toro noble mais limité, qu’il salua face au toril les genoux dans le sable il a su tirer le maximum avec intelligence et métier. Une oreille, précieuse, obtenue grâce à une épée portée avec détermination.

Même bilan comptable pour Solal, qui revenait dans ses arènes deux ans après y avoir ouvert la Porte des Consuls et qui a su captiver le public, notamment aux banderilles avec quatre paires particulièrement spectaculaires. Sérieux et engagé à la muleta face à un toro plus discret dans ses embestidas, il a fait preuve de fermeté et de justesse, et fut justement récompensé après un bon coup d’épée porté avec sincérité.

Seul Maxime Solera est reparti sans trophée. Face à un bon deuxième toro, accueilli a porta gayola il avait su montrer des choses intéressantes sur les deux rives après notamment une belle entame en se ployant. Mais l’épée, capricieuse, l’a privé d’un succès qui lui tendait les bras.

Au-delà des trophées découpés le plus souvent justement, cette corrida restera comme un signal fort. D’abord par l’affluence, ensuite par l’engagement collectif des toreros, et surtout par la qualité globale d’un spectacle long – près de 3h15 – mais jamais ennuyeux.

Six toreros, six styles, six histoires qui valent d’être comptées : l’exercice est toujours périlleux. Pourtant, la course fut des plus entretenues, vivante, riche en émotions. Et surtout, elle a mis en lumière un vivier français dense, varié et prêt à répondre présent.

Dans la chaleur écrasante de ce dimanche de Pentecôte, Nîmes a vibré. Et la tauromachie française, souvent en quête de reconnaissance, a trouvé là une bouffée d’air frais.

Reste maintenant à transformer l’essai : pour beaucoup, cette matinée pourrait – et devrait – ouvrir les portes d’autres plazas, en France comme en Espagne. Ojalá.

FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA

Arènes de Nîmes. Feria de Pentecôte 2026. 7000 spectateurs. Grand soleil. 6 toros de Robert Margé.

Présidence : Mr. Gerard Quittard

Poids des toros : 510, 495, 560, 500, 520, 513.

Cavalerie Heyral. 12 rencontres.

Tibo Garcia a confirmé son alternative devant le toro “Titus” n°62 né en mars 2022, sardo de 510 kgs

Maxime Solera a confirmé son alternative devant le toro “Marc Aurèle” n°46 né en mars 2022, colorado bragado de 495 kgs

Vuelta aux toros Titus” n°62 né en mars 2022, sardo de 510 kgs sorti en 1° position et “Antonin” n°48 né en avril 2022, castaño de 520 kgs.

TIBO GARCIA (blanc sur blanc) : oreille

MAXIME SOLERA (blanc et or) : vuelta

MARC SERRANO (gris et or) : oreille

ADRIANO (grenat et or) : deux oreilles

EL RAFI (brique et or) : deux oreilles

SOLAL (souris et or) : oreille

Share This