Et si le beau temps avait enfin pris racine dans la Crau ? Car c’est sous ciel clément et une température idéale, que les arènes de Saint-Martin-de-Crau affichaient cet après-midi un visage réjouissant. Avec plus des trois quarts des gradins garnis, l’aficion locale a répondu présente, offrant aux organisateurs une satisfaction aussi légitime que méritée au regard de certaines éditions plus timides en fréquentation.
Le cartel du jour proposait un défi ganadero entre les élevages de Saltillo et de Cuadri, deux fers à la personnalité affirmée, réputés autant pour leur exigence que pour leur caractère. Une opposition qui, sans donner lieu à de grandes envolées artistiques, a néanmoins su maintenir un intérêt constant tout au long de la course.
Impeccablement présentés dans leur ensemble, les six toros ont offert un éventail de comportements contrastés. Les Saltillo, plus dans le type Buendia pour les 1 et 2, plus légers de gabarit, ont montré de la caste et une certaine mobilité, tandis que les exemplaires de Cuadri, massifs et puissamment armés, ont imposé une présence plus intimidante, notamment un quatrième toro qui sera récompensé comme le plus complet de l’après-midi.
Alberto Lamelas ouvrait les débats face à un premier Saltillo rapidement limité, accusant un manque de forces et de classe dès les premiers capotazos. Pris sans éclat au cheval lors de deux rencontres anodines, le toro ne permit guère au torero de Jaén de construire. Muleta en main, Lamelas parvint toutefois à tirer son épingle du jeu sur la corne gauche, arrachant quelques naturelles sincères et appliquées. Sur la droite, l’embestida, sans relief et à mi-hauteur, éteignait toute tentative. Une épée entière, trasera et légèrement contraire, venait conclure une prestation appliquée mais sans écho.
Le second acte de l’andalou se joua face à un impressionnant Cuadri, massif et sérieusement armé, qui fut mis en suerte avec intelligence et piqué à trois reprises en allongeant les distances. Mention spéciale au picador Luciano Briceño, justement ovationné. Dans la muleta, Lamelas trouva rapidement la clé face à un toro noble mais mesuré en race, supérieur sur la corne gauche. C’est de ce côté qu’il signa ses meilleurs passages, liant plusieurs naturelles de bon goût. À droite, le combat fut plus accroché, avant un retour judicieux sur la main gauche pour quelques nouvelles tandas méritoires. Une fin de faena ponctuée de manoletinas ajustées laissait entrevoir un possible trophée, mais une véritable débâcle à l’épée réduisit à néant tout espoir. Salut pour le piéton tandis que le toro était chaleureusement applaudi.
Pepe Moral affichait ses bonnes dispositions dès l’accueil de son premier adversaire, un Saltillo qu’il reçut avec inspiration, en dessinant quelques véroniques templées. Après trois piques, dont une première en poussant avec franchise, le torero de Los Palacios livra une faena construite et intelligente, débutée par des doblones bien sentis. Profitant de la mobilité et du style très marqué Santa Coloma du toro, le sévillan dessina une faena profonde, particulièrement aboutie sur la corne droite. Les passages gauchers, peut-être moins sonores mais tout aussi maîtrisés, complétaient une œuvre cohérente et sincère. Une épée engagée, portée jusqu’à la garde bien que légèrement tendida, suffisait à faire tomber l’unique oreille de l’après-midi.
Le quinto, un Cuadri large, lourd et impressionnant, posa d’emblée des problèmes. Brave sans excès sous le fer lors de trois rencontres assurées par Juan Antonio Carbonell, il compliqua sérieusement la tâche de la cuadrilla piétonne lors d’un tercio de banderilles laborieux. Pepe Moral ne trouva jamais la distance ni les solutions face à cet adversaire exigeant, se contentant d’une faena brève et sans véritable engagement. L’échec fut consommé avec les aciers, conclu par un bajonazo aussi laid qu’inefficace.
Adriano retrouvait les arènes françaises face à un Saltillo haut et ouvert de tête, vif dans les plis de cape. Sérieusement piqué à trois reprises, avec une première rencontre spectaculaire sous le fer de Jean-Loup Aillet, le toro offrit ensuite une charge intéressante, notamment sur la droite. Après un brindis aux gradins, le Nîmois construisit une entame prometteuse, alignant trois séries droitières de bonne tenue, empreintes de transmission. Le passage sur la main gauche fit toutefois chuter nettement l’intensité, entraînant une seconde partie de faena plus décousue. Malheureux avec les aciers, Adriano conclut dans la discrétion et non sans mal. Silence et applaudissements nourris pour le toro.
Le dernier Cuadri, mobile dès son apparition, fut piqué à deux reprises sans excès, bien que la seconde rencontre soit prise de loin. Adriano se distingua lors d’un quite inspiré par chicuelinas, pleines de style. Muleta en main, après avoir brindé son adversaire à Jim Garagnon et Alexandre Guglielmet, chevilles ouvrières de cette Feria de la Crau pour le club taurin La Única, le Nîmois s’attacha à construire une faena appliquée mais inégale. Face à un toro doté de mobilité, qui aurait sans doute mérité d’être davantage sollicité dans la répétition, Adriano choisit une lidia mesurée. Sur la corne droite, il distilla les muletazos un à un, certains de belle facture, le Cuadri venant bien s’engager dans la toile. Sur la gauche, les naturelles gagnèrent en continuité, offrant les passages les plus liés de la faena. L’ensemble, toutefois, manqua de relief et de crescendo, laissant une impression contrastée. Une épée entière, légèrement tombée, fit naître une pétition d’oreille que la présidence ne jugea pas bon d’accorder.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes Louis Thiers, Saint-Martin-de-Crau. Feria de la Crau 2026. 3/4 d’arène. Grand soleil. Toros de Saltillo et Cuadri (4.5 et 6)
Organisation : Club Taurin La Unica
Présidence : Mr Soler
Cavalerie Bonijol. 16 rencontres.
Salut du banderillero Victor del Pozo au 4eme.
Le prix au meilleur picador est attribué à Luciano Briceño de la cuadrilla d’Alberto Lamelas qui a piqué le 4eme toro
Le prix au meilleur toro revient au toro “Comercio” N°1, negro né en décembre 2020 de Cuadri, 4eme de la course
ALBERTO LAMELAS (vert et or) : ovation après avis et silence après deux avis
PEPE MORAL (nuit sur le Guadalquivir et argent) : oreille et silence après avis
ADRIEN SALENC “ADRIANO” (nazareno et or) : silence après avis et silence



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