Privée de sa Feria 2020 au Palio, l’aficion istreenne s’était donné rendez-vous dans ses arènes afin de partager la première tarde qui vient commémorer les 20 ans de la Plaza locale. Une fin d’après-midi, donnée devant une chambrée proche des 2000 spectateurs et qui débuta par un numéro de danse interprété par la bailadora Angelique Blasco. C’est ensuite le baryton Frederic Cornille qui entonna un poignant « Toréador » invitant la terna dû jour à se présenter au paseo.
Dans les chiqueros, six astados de Zalduendo, tous commodes d’armures et au tamaño limité. La plupart manquant de caste et de fond, certains nobles et offrant du jeu dans la plupart avec divers degrés d’émotions. Tous discret face au groupe équestre pour une note pointant davantage vers le “pétard ganadero” que vers les encouragements.
Antonio Ferrera salua l’arrivée du premier de l’envoi, plutôt armé et haut, par quelques mouvements de cape soignés en gagnant le centre où il fixa le fauve d’une demie avant de confier celui-ci au lancier pour une seule rencontre de quelconque émotion. L’extremeño dédia son combat aux travées et débuta en doublant son adversaire le long des tablas. Muleta en main, Ferrera instrumenta un trasteo de menos a más qui trouva son rythme de croisière en deuxième partie de faena. En musique, « Zebulon » dessina d’admirables mouvements gauchers très purs et profonds, soutenus par les accords musicaux. Fin de faena allègre, sur les deux mains face à un animal noble et réservant de bonnes charges. Tentative de recibir selon la formule maison, avortée avant pinchazo puis deux coups de descabello.
Face au cuarto, commode d’armure, le natif de Bunyola soigna la réception cape en main avant que l’astado ne reçoive une seule et unique ration de fer. Zebulon est ensuite redevenu le bouillant Zebulon le temps d’un allègre tercio de banderilles conclu par quiebro près des tablas et logiquement suivi d’une ovation de gala. L’extremeño, nourri d’une totale entrega régala les travées au cours d’une faena marquée du seau de l’inspiration, baroque, excentrique et parsemées de quelques coups d’éclats sublimes sur les deux rives. Antonio Ferrera profite des charges nobles d’un adversaire manso et qui pris rapidement le terrain des tablas pour abri. C’est dans un terrain réduit mais loin d’être miné que Ferrera mis le feu aux tendidos avant de loger une entière « en toda ley » très longue d’effet mais qui n’empêcha pas l’octroi de deux pavillons.

Morante de la Puebla hérita pour son retour au Palio d’un astado anovillado, violent dans la cape du cigarrero qui le confia par deux fois au picador de service pour deux rencontres sans véritable style. Le maestro de la Puebla Del Río est à crédité d’un trasteo fait de hauts de bas face à un animal decasté, manquant de forces et jouant défensif. L’artiste andalou égraina quelques mouvements soutenus notamment sur la rive droite sans toutefois parvenir à lier. Un trasteo récompensé par les applaudissements du conclave à la suite d’une entière tendida.
L’artiste sevillan délia les véroniques les plus pures de la tarde à réception du quinto. Un animal violent et réservé qui n’offrît que peu d’occasion au cigarrero de s’exprimer. Morante, peu en confiance distilla toutefois ça et là quelques séquences de bon ton dans un ensemble dénué d’émotions puis pris rapidement les instruments pour une conclusion médiocre en une kyrielle de tentatives pauvres d’engagement.
Juan Leal n’eut guère l’occasion de briller à la cape face au troisième, piqué une seule fois sans excès. L’arlésien initia son trasteo tambours battant par les désormais habituelles passes changées par rodillazos. Les deux genoux dans le sable, Juan Leal dessina quelques muletazos de bon ton avant, depuis le centre d’égrainer quelques mouvements ambidextre de bonne facture faisant croître l’adhésion du conclave. En musique, le protégé du trio Guerra-Berho-Casas torea essentiellement à mi-hauteur un astado noble mais qui transmettait peu. Final plus encimista avec un retour les deux genoux dans le sable (encore) qui vint parachever une prestation correcte hélas ternie par un maniement approximatif des instruments létaux privant le garçon d’un possible trophée.
L’ultime, abanto de salida laissa Juan Leal inédit à la cape avant une unique ration de ferraille. Sans style. Dans le dernier tiers, le torero d’Arles débuta par passe du pendulo depuis le centre avant enchaînement de bon ton sur les deux bords. Une prestation relativement similaire à son premier passage et qui pris promptement une tournure plus tremendista. Un registre dans lequel excelle le torero arlésien qui plus est devant un toro de peu de race et de fond. Un final marqué par l’aguante et le stoïcisme du garçon face aux cornes et qui a convaincu le conclave qui réclama une oreille après une estocade entière et portée en toute sincérité.

FICHES TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes du Palio, Istres. Vendredi 18 juin 2021. 2000 spectateurs environ (jauge limitée). 6 toros de Zalduendo.
Hommage à l’Art avec la danseuse Angélique Blasco, le baryton Frédéric Cornille et le Peña Chicuelo II.
Présidence: Mr Roche assisté de Mrs Cervantes et Kehiha.
Poids des toros: 491, 496, 474, 505, 514 et 520.
Cavalerie Bonijol. 7 rencontres.
ANTONIO FERRERA (rouge et or): ovation apres avis ey deux oreilles après avis.
MORANTE DE LA PUEBLA (Caña et or soutenu de noir)): ovation et silence
JUAN LEAL (ciel azur et or) : ovation et oreille


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