En tauromachie, il y a des triomphes qui vous font chaleureusement plaisir. Ceux-ci vous enjouent, vous comblent au plus haut point. Surtout quand ces triomphes-là sont glanés avec sincérité, pureté, authenticité. Celui de Javier Cortes, ce soir au Palio, est de ceux-là. Le torero madrilène s’est offert sur les bords de l’Etang de Berre un succès d’estime d’envergure, trois ans après son dernier triomphe en France, ici-même à Istres. Un succès ô combien mérité pour un garçon aussi sincère que l’est son toreo. Un torero que l’on disait perdu, puis lourdement châtié par un toro à Madrid. Un torero qui gravit peu à peu les échelons qui le conduiront forcément, avec une telle exactitude dans l’exercice de son art, vers les plus hautes marches de l’escalafon. Un triomphe qui espérons-le éveillera l’intérêt de nombreux empresas, en France comme en Espagne car avec ce panache, ce naturel véritable, le natif de Getafe a tout pour devenir l’un des toreros essentiels de demain.

Javier Cortes a donc coupé ce soir trois oreilles aux toros de Pedraza de Yeltes, héritant du meilleur lot de la soirée et sauvant ainsi la tarde d’une lente agonie. Il faut dire que les toros de la devise salmantine n’ont pas franchement tenus toutes leurs promesses, loin s’en faut. L’ensemble formait un lot bien présenté. De grandes et lourdes carcasses, à l’exception du quatrième plutôt hors type de la maison. Le sixième étant le plus typé Aldeanueva. Tous filèrent sans demander leurs restes vers les équidés de la Cavalerie Bonijol, mais peu s’y employèrent avec un réel aplomb. Un exercice dans lequel se manifestèrent les 2eme (sur une seule prise), 3eme, 4eme, 5eme (le plus brave) et le 6eme (plus violent). L’animal le plus complet fut le quinto, « Tontadillo », qui se révéla brave sous le fer puis noble et vibrant face au leurre et dont la dépouille fut honorée d’un tour de piste posthume.

Manuel Escribano ouvrait les débats devant un animal charpenté, au galop désordonné et abanto de salida que le torero andalou fit piquer à deux reprises, sans véritable style. Escribano proposa à Jesus Enrique Colombo de partager la pose des bâtonnets. Trois paires à cornes passées et repassées, qui sembla pourtant convaincre les travées. Il en faut peu pour être heureux dirons-nous puisqu’après un début de faena mi-figue mi-raisin la musique fut mise en branle pour accompagner le premier paragraphe du torero de Gerena. Un trasteo d’altibajos, comprenant quelques passages de bon ton à droite. Un final par bernardinas puis une lame portée avec engagement encouragèrent les travées à réclamer un pavillon. Accordé mais chiche. Son second adversaire, le moins lourd et moins typé de la troupe, fit illusion en fonçant avec véracité vers le lancier et sa monture pour un tiers de correcte exécution. L’animal dura finalement peu, par manque de forces et de race et l’andalou le liquida d’une lame en place suivie d’un coup de verdugillo.

Javier Cortes, le grand gagnant de la soirée hérita en premier lieu d’un toro discret sous le fer, mais qui se montra noble et mobile dans le dernier tiers. Javier Cortes signe une faena d’intensité inégale, soutenue par la bande musicale sur plusieurs passages soignés, notamment à droite, toréant avec liant et en baissant la main. Labeur de bon ton conclu par espadazo libérant un trophée logiquement attribué. Mais le torero de Getafe sublima son après-midi devant l’excellent quinto, prompt et chargeant avec alégria lors du tiers de piques puis particulièrement vibrant dans ses embestidas au dernier tiers. Bonne entame en gagnant le centre depuis lequel Javier Cortes parvint à conduire le fauve avec beaucoup de gout et de classe, par un toreo de vérité, sincère et pur. Une faena très madrilène dans sa conception, compacte et régulière. Sans scories, en allant à l’essentiel et avec inspiration, toro enroulé autour de la ceinture, parfaitement assis sur reins et le poignet fluide. La faena qu’il fallait, ni plus ni moins. Une épée en place. Deux oreilles, vuelta au toro. Justifié. Javier Cortes s’est régalé, nous aussi. Son sourire, nos sourires en disaient long…

Jesus Enrique Colombo, n’eut guère d’options de succès en héritant notamment du tirage le plus défavorable. Si son envie est indéniable, l’on pourra imputer au torero vénézuélien, des tercios de banderilles à rallonge, et le plus souvent à cornes passées, pesant les deux fois un peu plus sur la faible condition des cornus. Une bonne réception par six véroniques pieds joints, puis chicuelinas devant le premier qu’il confia à Mathias Forestier qui capta le fauve brillamment puis une première faena atone devant un animal noble mais aux forces absentes. L’ultime, animé de violence infligea un énorme tampon au picador Gustavo Marcos à la première rencontre, avant d’envoyer l’homme et sa monture au tapis au troisième voyage pour un tiers puissant et spectaculaire. Nouveau tiers de banderilles virevoltant à l’issue duquel le natif de San Cristóbal fut ovationné. Brindis à Espartaco qui précéda une faena vite plombée par la condition du Pedraza, rapidement cloué au sol, le capital forces à zéro. Quelques tandas à la volée, incompréhensiblement soutenues par l’orchestre. Pinchazo dans le haut suffisant pour envoyer le bicho ad patres.

FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA

Arènes du Palio, Istres. Feria 2022. Corrida de la Forge. 3/5eme d’arène. Chaleur caniculaire. 6 toros de Pedraza de Yeltes.

Président : Mr Kader Kehiha assisté de MM Raoux et Cervantes

Poids des toros : 580, 565, 575, 515, 585, 555 kg.

Cavalerie Bonijol. 13 rencontres.

Vuelta al ruedo posthume accordée au cinquième “Tontadillo” n°83, de 585 kilos.

Salut du banderillero Antonio Molina au second.

Le prix au meilleur picador est allé à Gustavo Marcos de la cuadrilla de Jesus Enrique Colombo qui a piqué le sixième toro.

MANUEL ESCRIBANO (Violet et or) : oreille et silence après avis

JAVIER CORTES (bleu de France et or) : oreille et deux oreilles

JESUS ENRIQUE COLOMBO (bleu nuit et or) : saluts et silence

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