Après la météo exécrable de la veille, le soleil était de retour au-dessus de l’amphithéâtre romain pour la corrida de clôture de cette édition 2025 de la Feria des Prémices du Riz.
Et, une fois n’est pas coutume, les absents ont eu tort ! Car la petite demi-arène présente sur les pierres du vaisseau arlésien est sortie comblée par une corrida très entretenue, notamment grâce à l’excellente condition des toros de la famille Margé avec 4 toros des plus intéressants dont deux supérieurs et crédités d’une vuelta al ruedo posthume. Très bien présentés, avec du trapío et de la présence, haut et astifino le 4e. Au cheval, tous furent plus ou moins prompts dans un exercice où se sont détachés les 2, 3 et 4, rentrant fort dans le matelas, sans faire montre non plus d’une bravoure exceptionnelle sous la morsure du fer. Tous furent piqués dans la longueur de la piste, et mal le plus souvent exception faite au troisième plus régulier dans ses poussées et bien capté par Jean-Loup Aillet. Dans le dernier tiers, tous furent mobiles et maniables sous divers degrés, de noblesse et de caste, voire d’exigence. 1. « Montagu » maniable et bravito, 2. « Tizon » vibrant et brave, primé de la vuelta, 3. « Ascalon » avec de la classe, une grande dose de bravoure d’une grande transmission, à mon avis le toro le plus complet de l’après-midi. 4. « Excalibur » vibrant et brave pour lequel fut réclamée la grâce puis honoré d’un tour de piste posthume, 5. « Durandal » exigeant mais juste de rythme, 6. « Graban » exigeant et brave.
Juan Leal jouait une carte des plus importantes pour son retour à Arles au terme d’une temporada compliquée. Et l’Arlésien n’a pas laissé passer sa chance, démontrant beaucoup d’envie dès son premier combat, qu’il dédia aux travées. Faena volontaire donnée devant un toro soso et un poil tardo que le Français embarqua bien sur sa meilleure corne, la droite, avant de réduire considérablement la distance. Pinchazo hondo, descabello. Vuelta.
Mais c’est face au 4e, « Excalibur » que Juan Leal allait toucher le Graal. Un toro qui imposa le respect dès son arrivée dans le ruedo, par son port de tête haut, astifino, son sérieux et sa présence. Le toro rentra fort, les deux fois, dans le matelas où il fut assez mal et peu piqué. L’Arlésien comprit rapidement le potentiel de son opposant, le faisant charger de loin et signant d’emblée de séries très « entonadas » de la main droite. La suite fut plus inégale pour le piéton, alors que le brave « Excalibur » n’en finissait plus de charger avec énormément de transmission et de la bravoure à revendre. Le passage gaucher fut anecdotique, alors retour vers l’autre rive où le bicho des Monteilles reprit son rythme de charge freiné. Faena inégale en tracé mais haletante de bout en bout, portant sur un public réclamant en partie l’indulto, que le torero tenta d’obtenir en allongeant inutilement la séance. Des « arrêts de jeu » qui pesèrent sur le moral du cornu qui lorgnait désormais l’abri des tablas. Pinchazo au premier voyage, puis lame tombée. Mort en brave du Margé qui lutta jusqu’à son dernier souffle. Vuelta unanime pour « Excalibur » et deux oreilles pour Juan Leal qui partagea le tour d’honneur avec Robert Margé.
Diego San Román salua « Tizon » par un bouquet capotero garni de véroniques, chicuelinas et la demie, avant deux piques en avant. Bon quite de Samuel Navalon par chicuelinas et tafalleras puis réponse ajustée du titulaire par saltilleras. D’emblée, le Margé montra sa bonne condition en répondant à merveille et avec pas mal de transmission aux deux premières tandas du Mexicain. Un animal encasté et doté d’une excellente corne droite dont profita Diego San Román sur la première partie de faena. Moins de classe et de profondeur sur la corne gauche. Retour droitier, mais hélas le Mexicain venait de perdre le fil et se fit peu à peu gagner le contrôle du terrain, frôlant plusieurs fois la correctionnelle. Le Sud-Américain tenta de reprendre la main sur un final osé par bernardinas agenouillées avant de conclure d’une demi-lame. Oreille généreuse et vuelta au toro.
Son second était un client, sérieux et exigeant mais de peu de classe et chargeant sur un faux rythme. Le Mexicain a déjoué, ne trouva jamais l’accord idoine et se fit plusieurs fois désarmer. Entière en avant.
Samuel Navalon salua l’arrivée du troisième par deux largas cambiadas arodilladas suivies de véroniques templées et chicuelinas. Le Margé rentra fort, les deux fois, dans le matelas sans pour autant s’y employer pied au plancher, avant de semer la zizanie, en maître du ruedo, dans une cuadrilla dépassée par les événements. Après avoir brindé à Juan Bautista, le Valencien montra pourquoi beaucoup d’espoirs lui sont conférés en signant une faena variée et empreinte d’élégance face à un Margé demeurant longtemps bouche fermée et répondant avec classe aux sollicitations. Final ajusté par manoletinas puis entière légèrement tombée. Oreille.
Le benjamin du cartel doubla la mise avec l’ultime, un autre toro encasté et exigeant, piqué deux fois sans grand style puis démontrant beaucoup de sérieux face à la muleta du Valencien. Samuel Navalon signa une faena sérieuse et d’une haute maîtrise technique, parvenant à faire rompre le Margé après une entame patiente. Faena de menos a más, conclue de la meilleure épée de l’après-midi, celle-ci portée avec engagement au deuxième essai. Oreille.
FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA
Arènes d’Arles. Feria des Prémices du Riz 2025. Temps splendide. Demi-arène. 6 toros de Robert et Olivier Margé.
Présidence : M. Lescot assisté de Mme Hotemann et M. Gueyraud
Poids des toros : 510, 535, 520, 510, 500, 530.
Cavalerie Bonijol. 12 piques.
Diego San Román et Samuel Navalon se présentaient aux Arènes d’Arles comme matadors.
Vuelta al ruedo au 2e « Tizon » n°66, castaño, né en février 2021, de 535 kgs.
Vuelta al ruedo au 4e « Excalibur » n°192, negro bragado listón, né en juin 2021, de 510 kgs.
Samuel Navalon a brindé son premier combat à Juan Bautista.
Le mayoral a salué à l’issue de la course.
JUAN LEAL (vert bouteille et or) : vuelta et deux oreilles après deux avis
DIEGO SAN ROMÁN (lilas et or) : oreille et silence
SAMUEL NAVALON (blanc et or) : oreille et oreille



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