En ce samedi des Prémices du Riz, Arles ressemblait davantage aux Cornouailles qu’à une ville en fête, à quelques minutes de célébrer sa 20eme Corrida Goyesque. Depuis la fin de la matinée, une pluie discontinue s’abattait sur la cité provençale, mettant sérieusement en péril la tenue de ce rendez-vous faire de la temporada française. À l’heure du paseo, l’amphithéâtre romain ressemblait plus au Croke Park de Dublin qu’à une piste de sable ocre. Finalement, il fallut du temps pour que les cieux retrouvent la raison et laissent place à la fête, devant un public nombreux qui avait bravé des prévisions météorologiques bien défavorables.

Il faut rendre un hommage appuyé à l’équipe des Arènes d’Arles, mobilisée sans relâche, pour que le miracle opère et que la corrida puisse avoir lieu. Grâce à leur travail acharné, les clarines purent retentir enfin, trente-cinq minutes de retard. Le paseo, précédé d’une délicate interprétation au piano et d’un numéro de funambule traversant la piste de part en part, ouvrait enfin cette édition singulière de la goyesque.

La course s’est conclue par la sortie en triomphe de Daniel Luque et Marco Perez, dans deux registres bien différents : la maîtrise sereine et dominatrice du maestro de Gerena d’un côté, l’enthousiasme, la fougue et la volonté indomptable du jeune torero de Salamanque de l’autre.

Les toros d’Álvaro Núñez, qui faisaient leur présentation à Arles, se montrèrent dans l’ensemble nobles, parfois même très nobles, mais souvent limités en allant et en étincelle. On retiendra pour l’aficionado, le second manso con casta mis en valeur par Daniel Luque, ainsi que le sixième brave, porteur de complications que Marco Perez sut résoudre avec vaillance. À la pique, le lot fut discret, hormis le cinquième qui poussa à trois reprises – la dernière de son propre chef – avant de manquer singulièrement de race en faena.

Alejandro Talavante salua par de bonnes véroniques le premier, qui pris deux piques sans trop de style mais en s’employant à la première rencontre. Entre les deux, un bon quite par chicuelinas. Joli quite ensuite, par chicuelinas aussi, de Luque qui se fit applaudir. Entame par le haut d’une faena voluptueuse sur la corne gauche, véritablement bien tracée, face à un bon toro, dans un ensemble manquant parfois de transmission. Maîtrise absolue de la profondeur avant un final par bernardinas. Entière tombée. Oreille.

Le torero de Badajoz accueillit le 4e par un joli bouquet capotero composé de faroles, véroniques et chicuelinas. Deux piques sans histoire. Grande entame arrodillada avant que l’affaire ne sonne creux pour une faena trop longue, donnée à un animal atone et résultant de peu d’émotions. Entière au troisième essai.

Le second est abanto de salida. Manso et protestón au cheval en deux rencontres. Muleta en main, les envies prennent vie. Daniel Luque le règle en baissant rapidement la main. Face à ce manso con casta, aux charges parfois viriles et vives, l’andalou appose sa patte sur une faena d’une maîtrise splendide. Une démonstration de technique et de pouvoir, parachevée d’une lame en arrière et un poil tombé. On pensait voir le président aguanter jusqu’au bout la pétition de deuxième oreille. Ça pousse. Ça pousse même très fort dans la montée. Mais le palco craque avant de passer la ligne. Deux oreilles.

Son second opposant n’a guère de fond et le montre d’emblée. Trois piques, rentrant fort à la 1re, la 3e prise de son propre chef. Le Núñez confirmera son manque de race dans la muleta d’un Daniel Luque dominateur mais dépourvu de matière première. Double échec à l’épée et lame tombée.

Marco Perez prit un premier adversaire discret au cheval et qui manqua de forces et de mobilité dans le dernier tiers. Entame par passes cambiadas avant la poursuite, de menos a más, d’une faena relevée par plusieurs naturelles bien dessinées. Faena supérieure au potentiel du Nuñez poursuivie par un final tout en maîtrise et de plus d’impact sur la courte distance. Pinchazo puis lame en arrière. Oreille.

Le Salmantin signe devant le 6e une belle réception par cordobinas jambe ployée, véroniques et chicuelinas. Deux piques sans style, puis quite ajusté de Talavante par chicuelinas. Réponse tout aussi ajustée de Marco Perez par chicuelinas, cordobinas et demie. Brindis à Sa Majesté la Reine d’Arles. Mis à l’épreuve par un astado encasté et exigeant, Marco Perez démontrera un niveau technique épatant pour s’affirmer devant les difficultés, qu’il parvint à faire oublier sur plusieurs séquences. Entrega totale récompensée d’une oreille glanée après un coup de rapière efficace au deuxième essai.

FICHE TECHNIQUE DE LA CORRIDA

Arènes d’Arles. Feria des Prémices du Riz 2025. Corrida Goyesque. ¾ d’arène. Temps pourri. 6 toros d’Alvaro Nuñez.

Présidence : Mr Boyer assisté de Mme Melani et Mr Gueyraud

Poids des toros : 530, 520, 510, 510, 500, 525.

Cavalerie Bonijol. 13 piques.

Marco Perez se présentait à Arles en qualité de matador de toros.

Daniel Luque a brindé son deuxième toro à Juan Bautista.

Marco Perez à brindé son deuxième toro à Amélie Laugier, Reine d’Arles.

ALEJANDRO TALAVANTE :oreille et silence après deux avis

DANIEL LUQUE :deux oreilles et ovation

MARCO PEREZ :oreille et oreille

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